2012

La Voix et le Sacré

Vendredi 14 et Samedi 15 Septembre

Prolégomènes

Couramment opposé au profane (pro fano : devant le temple, aux yeux de tous), le sacré (sacer : consacré/exclus, vénérable) est difficile à définir. Fascinant ou effrayant, ce « Tout Autre » relève de l’expérience éblouissante et constructive ou de la transgression volontaire, sauvage et destructrice.

Composante de toutes les religions, mythes et croyances, le sacré appartient également à la sphère des rites profanes et au langage. Il est au-delà des religions qui, bien qu’elles viennent s’inscrire dans son vaste domaine, ne suffisent pas à le définir. Il figure comme une part supplémentaire, inutile au premier abord à la vie matérielle. Il pénètre tout. Vecteur plutôt que champ inerte, sans cesse aux frontières aussi très poreuses du profane insignifiant avec lequel il a partie liée, le sacré n’a de cesse de susciter des travaux touchant à l’anthropologie religieuse, sociale et culturelle (É. Durkheim, R. Otto, C. G. Jung, M. Mauss, R. Guénon, K. Barth, M. Eliade, C. Lévi-Strauss, R. Caillois, P. Ricœur A. Desjardins, C. Tarot, M. Poizat, P.-A. Riffard, B. Baas, R. Court, J.-J. Wunenberger, F. Lenoir….). Et dans toutes ses acceptions, le sacré interpelle l’homme dans son questionnement sur les notions d’être, de sens, de valeurs et de finalité de sa vie.

Cependant, les tensions et le matérialisme pesant sur le monde contemporain rendent progressivement évanescents ses contours. Dans ce même temps et paradoxalement, se manifeste une quête de ressourcement  : face à sa finitude, l’être humain tente de s’abreuver aux sources venant d’ailleurs pour retrouver les racines intimes de son existence. Également, les techniques sans cesse innovantes permettent une participation virtuelle à des formes de recherche commune (prières, relations d’expériences, découvertes d’autres sensibilités…). Nous assistons à une réhabilitation de l’irrationnel par laquelle l’homme cultive ses facultés latentes pour imaginer et déchiffrer les structures harmoniques complexes des symboles poétiques (manifestations d’archétypes, icônes de l’inconscience collective, langue universelle…). Ainsi sollicitée, son imagination bipolaire, à la fois ancrée dans la Terre et retentissant dans l’intériorité de l’âme, lui ouvre alors des portes sur l’Invisible et le Transcendant.

Ce premier colloque Vox aurea, via sacra se donne comme objet de débattre de quelques itinéraires liés à la Voix, à la croisée de chemins aussi divers que les sciences exactes, les sciences humaines, l’art, la spiritualité et les pratiques contemplatives en différents points de la Terre… Comment la voix, cette expression de l’intérieur «  entre corps et langage  » (G. Rosolato), transitionnelle (au sens de D. Winnicott), peut-elle se faire voie d’accès vers le sacré, un espace essentiel où l’éternité s’insère dans le temps ?

 


 

Trois voies sont proposées

  • une présentation théorique de recherches et pistes nourries de résonances longuement méditées
  • un temps de partage, « Musiques mystiques  », pour fondre l’horizontalité et la verticalité de l’écouter, du donner et du recevoir ensemble
  • des ateliers offrant l’expérience personnelle d’entrer dans le matériau sonore.

 


Deux concerts publics clôtureront les deux journées

Une mystérieuse alchimie de l’Or de la voix et de l’Or des chemins de l’exploration spirituelle faisant éclore ce double chiasme  :

Vox aurea, via sacra χ Vox sacra, via aurea

(Voix d’Or, voie sacrée χ Voix sacrée, voie d’Or)

Le programme

Vendredi 14 septembre

2012

CITÉ DE L’OR
PYRAMIDE DES MÉTIERS D’ART

  • 8h30 accueil et thé vert
  • 9h OUVERTURE par Thierry VINÇON, Maire de Saint-Amand-Montrond
  • Interlude
  • 9h30 communication de Sœur Marie KEYROUZ : Pourquoi la voix pour célébrer le sacré ?
  • 10h15 communication de Lama GYURMÉ Les mantras
  • 10h 55-11h10 pause
  • 11h15 communication de David HYKES : Le chant harmonique
  • 12h débat
  • Interlude
  • 12h45 déjeuner
  • 14h15 interlude
  • 14h30 communication de Jacques VIRET autour de la traditionnalité du chant grégorien.
  • 15h15 communication de Catherine HEUGEL : Le chant extatique d’Hildegarde de Bingen.
  • 15h – 16h15 pause
  • 16h30 communication du Pr. Régis Debray pressenti
  • 17h15 – 17h30 pause
  • 17h30 débat
  • Interlude
  • 18h45 dîner
  • 20h30 « Musiques mystiques » Pyramide soirée réservée aux participants inscrits au colloque

Samedi 15 septembre

2012

CITÉ DE L’OR
PYRAMIDE DES MÉTIERS D’ART

  • 9h Deux Ateliers au choix (9h-10h30 et 10h30-12h)
  • 12h15 Compte rendu et mise en commun des activités des ateliers
  • Interlude
  • 13h30 déjeuner
  • 12h45 SYNTHÈSE du colloque
  • 16h CONCERT : David HYKES – Lama GYURMÉ et Jean-Philippe RYKIEL 
  • 18h45 dîner

CENTRE VILLE

  • 20h30 CONCERT : Sœur Marie KEYROUZ à l’église Saint-Amand

Dimanche 16 septembre

2012

DÉCOUVERTE DU PATRIMOINE
SAINT-AMANDOIS

  • 9h45 Château d’AINAY-LE-VIEIL : accueil par Mme la Comtesse de PEYRONNET
  • 14h Château de MEILLANT : accueil par M. le Marquis de MORTEMART

Catherine HEUGEL

Catherine Heugel fut l’élève à l’Ecole Normale de Musique de Paris de G. Touraine, puis de la soprano américaine P. Brinto, de la cantatrice A. Dédeyan, du Maestro Favaretto (Académie Chigiana à Sienne) et suivit les master class de L. Sarti (la Guildhall, Londres) et, en musique ancienne, de R. Jacobs et W. Christie. Lauréate de plusieurs Prix au CNSMD de Paris, elle mena une recherche à l’École Pratique des Hautes Études.

Directrice du Conservatoire de Nanterre (actuellement, professeur de chant et de culture musicale), elle anima le colloque L’apport de la psychanalyse dans l’enseignement de la musique (Actes publiés en 2000).

Elle a une pratique approfondie de la musique médiévale interprétée d’après la notation d’origine neumatique et de la musique polyphonique des XVe- XVIe s. avec les Ensembles Luna Musicae et Quattrocento. Soliste de l’Ensemble Agrupacion Musica, elle chanta des œuvres baroques et contemporaines d’Amérique Latine, enfin des oratorios (Purcell, Bach, Haendel…), mais aussi les grands quatuors romantiques, ainsi que le répertoire du XXe siècle.

Fondatrice du quatuor vocal Les Musiciens de la Pléiade puis du Quatuor d’Île de France, elle a aussi interprété des programmes originaux (mélodies tchèques avec piano-forte, chansons et mélodies au Cabaret du Chat noir…), des mélodies françaises et des pages contemporaines (I. Xénakis, O. Messiaen, L. Bério, B. Jolas, P. Leroux, G. Racot, C. Shapira, C. Frionnet, A. Gaussin, F. Kremer…).

Elle aborda la musique dramatique (Schubert, Les Amis de Salamanque, Théâtre de la Cité U, Paris ; Weber, Habu Hassan, Théâtre Daniel-Sorano, Vincennes ; Mozart, La Flûte enchantée, salle des Congrès, Nanterre, les drames liturgique (abbaye de Noirlac, Thermes du musée de Cluny à Paris…).

Ces prestations la menèrent en France (Festival d’Avignon, Festival d’Art sacré, Paris ; abbaye aux Dames, Saintes ; abbaye de Noirlac…) et en Italie, Allemagne, Hongrie, Russie, Lituanie, Israël, Syrie, Philippines…

David HYKES

David Hykes est né à Taos, au Nouveau Mexique (EU) en 1953. Il étudia à la MFA Columbia Université de New York et obtint de nombreux prix et bourses, du National Endowment for the Arts, l’UNESCO, la fondation Rockefeller, la fondation Flying Elephants…
Compositeur, chanteur, enseignant contemplatif, chercheur, plasticien, il est le fondateur du Harmonic Chant/le Chant Harmonique (New York (1975) et de l’enseignement « Présence Harmonique » (Lausanne, 1980).
Dans de nombreux pays, dont la France (Festival d’Avignon, Théâtre de la Ville et Cité de la Musique à Paris, etc.), il donne des concerts, seul ou avec ses groupes, notamment The Harmonic Choir/Le Chœur Harmonique. Avec Sa Sainteté le Dalaï Lama, il a participé à des événements, dont des concerts-colloques, comme membre de la faculté de l’Institut Esprit et Vie qui mène des recherches neuroscientifiques sur les bienfaits des pratiques contemplatives. Sa musique et sa démarche contemplative attirent l’attention à la fois d’un public nombreux, et aussi celle d’un cercle croissant de chercheurs, musiciens, médecins, et neuroscientifiques.

David Hykes pratique et enseigne l’enseignement « Présence Harmonique », qui relie la musique, la méditation et l’harmonisation profonde. Sa recherche  dans le domaine de la musique cosmologique et  des musiques sacrées du Tibet, de l’Inde, de la Mongolie et du Touva, ainsi que sa revalorisation du patrimoine acoustique de la France, tel qu’en l’abbaye du Thoronet, ont ouvert de nombreuses voies pour les musiques actuelles et futures. Avec sa fondation « Présence Harmonique », il a crée un centre de musique contemplative, à Pommereau, dans un beau site cistercien à 90 minutes de Paris où il partage sa musique et sa recherche (voir www.presenceharmonique.org).

Si à ce jour, il a édité 13 albums de musique, son CD À l’Écoute des Vents Solaires reste l’enregistrement des harmoniques vocales le plus célèbre de tout les temps. Il est aussi l’auteur de musiques de film : The Tree of Life de Terrence Malick ; Rencontres avec des hommes remarquables de Peter Brook ; Baraka de Ron Fricke ; Ghost de Jerry Zucker ; Cercle des poètes disparus de Peter Weir ; Voyageurs et Magiciens de Dzongsar Khyentse Rinpoche ; Journey Into Buddhism de John Bush (film parrainé par Sa Sainteté le Dalai Lama)…

Le Chœur Harmonique

Forge le son de façon unique, comme hors du temps, pour donner vie à  des possibilités vocales jusque-là jamais exprimées. Le travail polyphonique (avec les harmoniques et les sous harmoniques), la finesse de l’intonation juste (non tempérée), et maints autres aspects uniques créent une masse sonore d’une richesse insoupçonnée. Les compositions de David Hykes donnent vie à cette polyphonie unique. L’exploration du son se nourrit avant tout du partage d’une écoute mutuelle, liant public et interprètes, accédant ainsi à une dimension musicale profondément contemplative.

Michèle Dupere

Née à Montréal, Michelle Dupéré, l’un des membres piliers du Choeur Harmonique, habite en France depuis 1987. Elle a collaborée notamment pour les albums Harmonic Meetings, À l’écoute des vents solaires, enregistrés dans l’abbaye du Thoronet, et Current circulation. Elle a co‐produit avec David Hykes pour Radio France/Ocora le double album de leur maître de musique indienne, feu Smt.Sheila Dhar

Stéphane Gallet

Membre du Chœur Harmonique depuis 1998, Stéphane Gallet pratique depuis longtemps les musiques sacrées d’Orient et d’Occident, en particulier le chant grégorien avec Iégor Ottomane et les musiques soufies de la Turquie ottomane avec Kudsi Erguner. Il pratique le chant sacré modal fondé sur l’intonation juste, la résonnance et les intervalles harmoniques. Formé à d’autres techniques vocales (lyrique, diphonique, jazz, etc.), également comédien, il participe à de nombreuses créations théâtrales et musicales, en improvisateur, compositeur et interprète de la musique vivante au théâtre. Ses chants de saint Jean sont une création originale sur des poèmes de saint Jean de la Croix. Il enseigne le ney et la musique classique de la Turquie ottomane.

Bruno Caillat

Après des études à l’École Normale de Musique de Paris, Bruno Caillat étudie la percussion persane auprès de Djamchid Chemirani qui lui confie en 1978 sa classe de zarb au Centre d’Études de Musiques Orientales (Paris IV‐Sorbonne). Il s’initie au jeu de divers tambourins pratiqués en Asie centrale et dans les pays arabes et aux percussions de l’Inde. Il accompagne d’éminents musiciens tels que D. Talaï et D. Safvat et fait partie depuis 1994 de l’Ensemble de Kudsi Ergüner, célèbre joueur de Ney turc. Il est membre de l’Ensemble de musique de la Renaissance Doulce Mémoire. Il participa à la réalisation des Cds du Chœur Harmonique : Harmonic Meditations, True to the Times, and Breath of the Heart.

Lama GYURMÉ et Jean Philippe RYKIEL

Une Rencontre

De la sérénité bienfaisante des monastères tibétains aux champs magnétiques des studios d’enregistrement, du souffle du rituel à la technologie de pointe, deux univers coïncident et témoignent d’éblouissante façon qu’ils n’en font qu’un dès lors qu’ils s’entendent et s’écoutent. Ni métissage culturel – car les chemins sont ici parallèles et les traditions s’accompagnent dans un respect mutuel – ni world music parce que le monde qu’ils nous suggèrent est plus grand que le monde, les albums de lama Gyourmé et Jean-Philippe Rykiel illustrent la mystérieuse interaction de l’intuition et de la connaissance, de la beauté et de sa perception. Chants immémoriaux transmis oralement de génération en génération, ces mantras ont fonction de guide vers la conscience d’une harmonie dont les voix sont multiples et chacun est la voie.

Lama Gyourmé

Né au Bhoutan en 1948, Lama Gyourmé manifeste très tôt d’exceptionnelles qualités et une forte attirance pour la vie monastique. Il devient résidant permanent du Monastère de DjangTchoub Tcheu Ling dans sa neuvième année et y reçoit une éducation religieuse complète tout en s’initiant aux arts traditionnels dont la musique. C’est lors de sa première retraite de trois ans au Monastère de Sonada (Inde) que le Vénérable Kalu Rinpoché le nome « Ouzme » (Chef de Musique). Après plusieurs années d’études et d’initiations, il obtient son diplôme d’enseignant de la tradition Kagyupa qui lui est remis par Sa Sainteté Karmapa 16ème.
En France depuis 1974, Lama Gyourmé dirige les centres de Kagyu Dzong (Paris) et Vajradhara Ling (Normandie).

Jean-Philippe Rykiel

Né non-voyant en 1961, Jean-Philippe Rykiel apprend le piano en autodidacte dès son plus jeune âge avant de découvrir la musique électronique et les infinies perspectives de création offertes par le synthétiseur. Sa maîtrise de la technique et son intuition musicale lui vaudront rapidement la reconnaissance de ses contemporains et lui permettront de multiplier les collaborations (Vangelis, Leonard Cohen, Jon Hassell) mais c’est surtout son travail d’arrangeur (et compositeur) auprès des plus grandes voix d’Afrique (Salif Keita, Youssou N’Dour, Lokua Kanza…) ainsi que les albums enregistrés avec Lama Gyourmé qui font sa réputation de musicien d’exception. Parallèlement à ces collaborations, Jean-Philippe Rykiel poursuit une recherche musicale des plus personnelles comme en témoigne son album solo « Under The Tree » sorti fin 2003.

Interview

Débat avec le public

Qu’est ce que le mantra ?
Lama Gyurmé : « Au Tibet, cela se traduit par « Na ». Ce terme de mantra a 2.600 ans. Il faut savoir que les enseignements du bouddha sont de deux types : le soustra et le mantra. Plus récemment, au Tibet, quand ces enseignements se sont développés, c’était un moyen de développer la pratique spirituelle. Dans la tradition des santras, rituels de méditation, les chants ont été traduits en tibétain alors que les mantras continuent d’être exprimés dans la langue d’origine, le sanscrit. Le mantra, c’est la sève, la quintessence des enseignements du bouddha. Et le fait de réciter ou chanter de façon répétitive des mantras, cela apporte un certain nombre de bienfaits que l’on compare à des divinités. Et la récitation de ceux-ci permet de purifier les trois voiles que sont le corps, la parole et l’esprit. Enfin, à partir du moment où l’on récite les mantras, les personnes qui sont présentes, bénéficient de ses bienfaits. Il est vrai que ce précieux remède est un peu ennuyeux pour le monde occidental. C’est pour cette raison qu’avec Jean-Philippe Rykiel, nous avons utilisé une musique plus moderne pour faire apprécier les mantras. C’est l’élixir qui permet de faire avaler la pilule  » !

 

Y-a-t-il un positionnement précis du souffle pour dire les mantras ?
Lama Gyurmé :  « Bien sûr, quand on les récite, ils s’accordent avec la respiration. Tout est calé entre l’inspiration, l’expiration et l’entre deux. Le souffle est parfaitement organisé et codifié  » .

 

Le registre de voix très grave a-t-il une importance dans l’efficacité spirituelle ?
Lama Gyurmé :  « Dans les monastères, il y a de vieux moines qui chantent. Il y a aussi des enfants qui ne chantent pas d’une voix très grave. Mais dans un rituel, il y a différentes formes de chants. Le plus important, c’est que le mantra soit chanté de façon harmonieuse. Il est vrai que certains rituels sont chantés de façon très vague et donc d’une voix très grave afin d’être incompréhensibles pour que les non initiés ne cherchent pas à comprendre le sens car ils pourraient faire des contresens  » .

Sœur Marie KEYROUZ

En 1984, l’ensemble de la Paix est né sous les bombes avec la naissance lyrique de la voix de Sœur Marie Keyrouz. Religieuse, Musicologue, Anthropologue et Cantatrice, Sœur Marie fait rencontrer avec une superbe dextérité l’art et la science, la créativité et l’authenticité. Devant l’intolérance, la dégradation de la culture et l’oubli du sacré, il lui était impossible de rester les bras croisés attendant la mort.
Sœur Marie a réussi à rassembler au sein de son Ensemble, des musiciens de tous les pays et toutes les religions du Proche et Moyen-Orient.

Ce qui anime sa passion et son combat pour l’humanitaire aussi, c’est que Sœur Marie est convaincue que l’ignorance et la pauvreté sont à la base des fractures sociales et des guerres ; et dans les rapports d’amitié comme dans ceux des intérêts communs entre les nations, elle a la ferme conviction que la culture constitue un élément primordial.
Si Sœur Marie est devenue aujourd’hui une grande figure du chant sacré d’Orient et d’Occident et une messagère de Paix entre les peuples, c’est peut-être parce que selon elle, le chant est l’unique occasion d’exprimer une Vérité Sacrée qui, autrement, serait inaudible.

Celui qui l’écoute, entend, prie et aime.

Damien POISBLAUD

Tout un chemin donc, un chemin vers l’intérieur, vers ce qui est au centre, au cœur et à la racine, vers ce qui ne se voit pas et qui est pourtant vital Parallèlement à ses études de philosophie et de théologie, Damien Poisblaud s’intéresse dès 1980 à la musique ancienne et l’étude des premiers manuscrits musicaux d’Occident dits « grégoriens ». Son intérêt pour l’art et de la pensée du Moyen‐âge, ainsi que l’ouverture à diverses musiques traditionnelles du monde, l’amènent peu à peu à reconsidérer totalement son approche du répertoire traditionnel d’Église (qu’il pratique cependant en chœur régulièrement pendant plus de quinze ans).

Très attentif à la sonorité de chaque lieu où il chante, il travaille à mettre en valeur les structures mélodiques et prosodiques, et redécouvre l’importance de l’intonation non tempérée des échelles modales. Pour restituer, l’oralité des manuscrits grégoriens dans sa totalité, il fallait naturellement étudier les traditions orales qu’a côtoyées le grégorien durant des siècles et redécouvrir le geste vocal qui rendrait véritablement vivante cette

écriture musicale. C’est pourquoi il a entrepris des recherches sur les différentes techniques vocales de plusieurs traditions méditerranéennes et les différents modes de résonance de la voix dans le corps humain.

En 1989, un premier enregistrement réalisé dans l’abbatiale du Thoronet illustre cette démarche originale. En 1991, il crée le Chœur Grégorien de Méditerranée avec lequel il enregistre un Requiem Grégorien (Alphée, Diapason d’or, déc. 96). À partir de 1999, son étude du Chant Byzantin selon les traditions grecque et syrienne d’Alep, tout en confirmant sa démarche, apporte des éléments nouveaux à sa quête. Dans le même temps, il se

rend fréquemment en Pologne pour diriger musicalement des mystères médiévaux. Il donne des cours de chant où il peut partager son expérience de la voix que son exploration des chants traditionnels lui a apportée.

Il entreprend, avec le groupe des Paraphonistes qu’il a fondé en 1998, de revisiter le répertoire aujourd’hui presque totalement délaissé des faux‐bourdons d’Église des XVIIIe et XIXe siècles. Il a enregistré un premier disque de ces faux‐bourdons du Nord de la France, que la presse musicale a salué chaleureusement (Messe solennelle des Morts, Sisyphe 002/Abeille‐musique ‐ Diapason d’or juillet 2000). Dans le cadre du Festival

européen 2000 de la culture (CD Codex Calixtinus ‐ Cracovie 2000), il assure la direction, dans plusieurs capitales culturelles d’Europe ‐ Reykjavik, Saint‐Jacques‐de‐Compostelle, Cracovie, Prague, Helsinki et Bologne ‐ d’un programme de chant grégorien du XIIe siècle (Codex Calixtinus ‐ St Jacques de Compostelle).

Il a commencé son travail de recherche aux côtés de Iégor Reznikoff, puis de Marcel Pérès (Ensemble Organum), de Marie‐Noël Colette (École Pratique des Hautes Études) ainsi que de Jean‐Yves Hameline (anthropologie du geste rituel). Il collabore depuis quelque temps avec l’éminent musicologue Jacques Viret, de l’université de Strasbourg.

En 2009, il a ouvert une classe de chant grégorien au Conservatoire de Toulon. Cet enseignement l’a amené à poser les fondements d’une nouvelle méthode d’apprentissage du grégorien. Il intervient dans différents colloques et congrès internationaux (rencontre internationale à la Public Library de New York, colloque sur le Corpus de l’oralité, congrès de Colmar…). Il assure également la formation au chant grégorien de plusieurs communautés religieuses en France.

Depuis 2008, sa présence régulière à l’Abbaye du Thoronet (Var) lui permet de donner des concerts dans ce lieu d’exception et de chanter chaque dimanche lors de la célébration religieuse, avec Les Chantres du Thoronet, le nouvel ensemble qu’il dirige et avec lequel il vient d’enregistrer deux disques de chant grégorien : les Grands Offertoires et les Chants de la Passion, tous deux inscrits dans cette même ligne de recherche d’un chant à la fois vivant et spirituel.

Les voies du sacré sont étonnantes. Avant de se concevoir dans les exigences de la sainteté, de la morale, de l’ascèse ou de la pureté, elles ont exploré les débordements et les excès. Aussi se reconnaissent-elles autant dans le délire bachique païen que dans l’ascèse mystique. Elles empruntent aussi bien le chemin du pèlerinage que celui de l’expérience amoureuse ou érotique, de l’expérience artistique et religieuse. Autant de tentatives pour dépasser les limites étroites de la condition humaine et plonger « au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! » (Baudelaire). Chacune des religions du Livre, christianisme, judaïsme, islam, illustre à sa manière une voie du sacré, voire impose des limites au sacré. Quel fil relie entre elles, aujourd’hui encore, ces expériences, quel fil permet de les penser sous la même notion de « sacré » ?

Ensemble Quattrocento

Le titre de cette formation rappelle naturellement le temps de la première Renaissance si riche de promesses pour l’art à venir tout en étant solidement adossé au passé. Enfin Quattrocento car ils sont quatre. Les musiciens de cet ensemble s’attachent à restituer un répertoire vocal qui plonge ses racines dans le Moyen Âge et annonce tout l’art à venir de telle sorte que la vocalité du XIIe siècle inspire et nourrit leurs interprétations d’œuvres plus tardives. Leurs programmes l’attestent : Musique au temps des Templiers, Musique à la Cour de Jean II de Bourbon, Musique et poésie de la Renaissance française, Les riches heures de la Vierge Marie, L’Europe musicale de la Renaissance, Un grand voyage musical du XIIe au XVIIIe siècle.

Cristiane Portois – soprano, Catherine Heugel – mezzo-soprano, Jérôme Heugel – baryton, Jean-Pierre Dubuquoy, vièle à archet et viole de gambe pratiquent la musique ancienne ensemble de longue date et leurs interprétations ont ainsi acquis une cohésion particulière. Tous issus de grandes institutions musicales (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, École Normale de Musique de Paris, Université Paris IV-Sorbonne, École Pratique des Hautes Études), ils ont pratiqué dans des Ensembles prestigieux qui les ont menés dans des festivals et tournées, tant en France qu’à l’étranger (Le Concert Spirituel, l’Ensemble Venance Fortunat, Perceval, Ars Nova…). Souvent accueillis dans des monuments historiques ou des églises, ils aiment faire ressortir l’acoustique du lieu par une sobre mise en espace.

Lors de ce colloque, l’Ensemble Quattrocento présentera en intermèdes des thèmes médiévaux, voire grégoriens, dans leur cheminement au cours des siècles ainsi que des œuvres qui s’appuient sur des éléments d’écriture propres aux polyphonies primitives, d’essence sacrée, fréquemment réutilisés par les compositeurs de toute époque.

Rencontre du public

 Cité de l’or : une sacrée résonance

Une bonne centaine de personnes s’est retrouvée, ce vendredi matin, pour assister au colloque de la voix et du sacré, Vox aurea via sacra, organisé par la ville de Saint-Amand-Montrond à la Cité de l’or.

Une cité qui, une fois de plus, innove par le choix des thématiques et ajoute une déclinaison de l’or à son palmarès à travers les voix d’or. Des voix sacrées que les différents intervenants prestigieux ont su offrir au public.

Le premier d’entre eux est sans nul doute le maire de la ville, Thierry Vinçon, qui a une passion pour la musique sacrée. Son désir de la partager au plus grand nombre a eu son petit succès. Et même si la moyenne d’âge était plutôt la cinquantaine, des jeunes se sont initiés à cet univers, à l’instar des élèves de première en métiers d’art du lycée Jean Guehenno de Saint-Amand. Et sans conteste, c’est David Hykes qui a séduit. Le compositeur de films, connu et reconnu pour notamment, L’arbre de vie, palme d’or à Cannes, ou encore le Cercle des poètes disparus, a emballé son public lorsqu’il présenta ses oeuvres visuelles créées à partir de sa voix. « Faire des images avec des sons, cela donne une impression de peinture » explique Pauline, âgée de 20 ans. Valérie se dit également séduite par le caractère sacré des propos : « Cela nous ramène aux bijoux que nous créons. Nous aussi, nous avons une approche du sacré et le bijou, c’est une façon de s’exprimer. »

Jean-Pierre est venu de Lyon. Ce quadragénaire n’a pas reculé devant les kilomètres : « Il y a des personnes tellement prestigieuses dans ce colloque qu’il m’était impossible de ne pas venir. Et puis, outre les rencontres, les concerts de musique sacrée sont tellement rares en France. » Anne, une jeune retraitée, ex-cadre de l’enfance inadaptée, qui vit entre Tours et Bourges, avoue s’intéresser fortement à la voix et à la respiration depuis qu’elle a quitté la vie active : « Je ne connais pas grand chose à tout cela mais cela me procure beaucoup de plaisir et même un équilibre dans ma vie personnelle. »

Françoise a été pour sa part, sensible au discours de soeur Marie Keyrouz, une voix venue du Liban, qui a su trouver les mots pour parler de chant, de paix, de sacré : « Elle nous fait retrouver quelque chose d’essentiel, explique cette Berruyère retraitée, qui finit par manquer à notre vie. Et je me dis que si des gens se retrouvent pour parler de musique sacrée, le monde n’est pas perdu. Ce n’est pas le religieux qui m’intéresse mais la spiritualité qui s’en dégage. »

Même son de cloche pour Pauline, une autre lycéenne, qui ne veut retenir que le côté mystique de ce qu’elle a entendu : « Le religieux m’ a un peu ennuyé, il faut bien l’avouer… »

Et chacun de prendre ce qu’il a à prendre au cours des différentes interventions de spécialistes qui ont plutôt bien réussi à vulgariser leur savoir. La Cité de l’or s’est ainsi transformée en une formidable caisse de résonance de ces musiques qui vous font vibrer de l’intérieur sans que vous ne sachiez pourquoi. « Le son est une onde ; elle est vibratoire, souligne Damien Poisblaud. Il fait résonner le corps dans notre cathédrale… »

Emmanuel Bédut

Les échos des artistes

Sœur Marie Keyrouz

Veuillez accepter toutes mes félicitations pour le colloque ainsi que pour le concert qui selon Sœur Marie et les échos que nous continuons à recevoir étaient une grande réussite.

Nathalie Khoury, secrétaire de Sœur Marie Keyrouz. Paris.

Jean-Philippe Rykiel

Je suis encore sous le charme des deux jours que nous avons passés ensemble. Je suis vraiment très heureux de constater que la France compte encore parmi ses élus des maires aussi fous et visionnaires.

Jean-Philippe Rykiel, Paris.

Jean-Michel Reusser , agent de Lama Gyurmé et Jean-Philippe Rykiel

Quel(s) merveilleux moment(s) passés à Saint-Amand-Montrond…, qui qui furent un véritable plaisir doublé d’un réel bonheur. Merci encore pour la disponibilité, l’accueil, l’organisation huilée, la réactivité de vos équipes, le bonheur des échanges et des rencontres…

Je pense que le concert de Sœur Marie restera (et résonnera) dans la mémoire de la ville pendant longtemps.

Jean-Michel Reusser, Paris (courriel à B. Bascou, 16 septembre).

 

David Hykes

Infiniment merci… l’infini, le beau projet sans fin ! C’est tout. Le reste est dans les résonances profondes de l’échologos qui nous embrasse tous et toutes dans une sphère d’harmonie remarquable !

David Hykes, Pommereau.

Quattrocento

Encore merci pour ce colloque très bien organisé et riche en rencontres !

Jérôme Heugel, Nanterre.

Aucun mot ne pourra décrire la plénitude des moments vécus ensemble, ni l’organisation, même dans ses détails. Restent des souvenirs, des images sûrement, des enregistrements, et l’impression encore très forte d’avoir participé à un événement qui nous a soulevés de notre quotidien pour nous offrir des rencontres comme on en fait peu. Merci de ces beaux temps forts en émotions. MERCI !

Cristiane Portois, Cérilly.

Toutes les saisons

2012

La Voix et le Sacré

2013

Chemins vers l’extase

2014

La musique sacrée juive

2015

L’Opéra et le Sacré

2016

À la croisée des chants sacrés et des chansons traditionnelles

2017

Le Sacré chez Luther, Bach, Telemann